
Parmi la vingtaine d’espèces d’albatros reconnues par l’UICN, Phoebastria irrorata est la seule à vivre sous les tropiques. Alors qu’elle était considérée « vulnérable » à l’extinction par l’UICN, elle a changé de statut en 2007 et est aujourd’hui « en danger critique d’extinction ».
Description
L’albatros des Galápagos a un long bec d’un jaune terne, des yeux marrons et des crêtes orbitales proéminentes. Sa tête et son cou sont blancs, la nuque tire davantage sur le jaune et le corps va du gris sur le ventre au brun sombre sur le dos. Les pattes sont quant à elles légèrement bleutées et palmées.
Albatros de taille moyenne, Phoebastria irrorata mesure 80 à 90 cm de haut pour une envergure variant entre 2,2 et 2,5 mètres et un poids de 2,5 à 4 kg. Les mâles sont généralement plus grands et plus lourds que les femelles, mais il reste difficile d’identifier visuellement le sexe des individus : l’espèce ne présente pas de dimorphisme sexuel.
De par ses mensurations, Phoebastria irrorata est l’oiseau nicheur le plus grand des îles Galápagos. Très peu agile au sol, il a besoin d’une course d’élan pour s’envoler mais, sitôt dans les airs, il est beaucoup plus à l’aise et est même réputé pour la grâce de son vol : l’albatros des Galápagos est en effet capable de planer sur des centaines de kilomètres sans effort ! Il dispose pour cela d’un tendon qui bloque l’aile une fois celle-ci déployée au maximum, ce qui permet une grande économie d’énergie, ainsi que d’un aérodynamisme performant : pour chaque mètre descendu, il peut parcourir plus d’une vingtaine de mètres. Il peut ainsi glisser simplement sur les courants porteurs, sans aucun battement d’ailes.
Si cette technique de vol est très performante, elle présente un revers important : par temps calme, l’albatros des Galápagos ne peut se déplacer très longtemps. Il doit alors se poser à la surface de l’eau et attendre que les vents reprennent.
Localisation et habitat de l’albatros des Galápagos
Phoebastria irrorata est le seul albatros à vivre en région tropicale. Alors que les autres espèces se rencontrent principalement dans l’hémisphère sud, lui ne niche que sur les îles d’Española et de la Plata ; la première se trouve dans l’archipel des Galápagos et abrite environ 35 000 adultes, la seconde se situe au large de l’Equateur et voit évoluer moins de 50 individus. Lorsque la saison de reproduction s’achève, il migre vers le continent : des individus peuvent ainsi être observés au Pérou, en Equateur ou même, plus rarement, en Colombie.
Les zones de nidification sont situées entre le niveau de la mer et environ 200 mètres d’altitude. Elles peuvent être constituées de champs de lave et de zones plates et dégagées, faiblement recouvertes de végétation. Cela permet à Phoebastria irrorata de prendre de l’élan avant de décoller, mais aussi d’assurer son atterrissage.
Piètre plongeur, l’albatros des Galápagos se nourrit essentiellement de poissons, de crustacés et de calamars qu’il pêche à la surface. Bien qu’il semble privilégier la chasse de jour, la nuit ne semble pas l’handicaper outre-mesure : les calamars et poissons sont alors plus proches de la surface, ce qui lui facilite la tâche. Il lui arrive aussi de se contenter de nourriture régurgitée par d’autres oiseaux, voire de voler leur nourriture : on appelle ce comportement le cleptoparasitisme.
Menaces sur l’oiseau
Selon l’UICN, les études les plus récentes évaluent le déclin de la population d’albatros des Galápagos à 2,3 % par an depuis 1994 et à 6,3 % par an à partir de 2007. Plusieurs milliers de couples reproducteurs sont encore recensés, mais l’UICN a répondu à cette chute rapide des effectifs en plaçant l’espèce dans la catégorie « en danger critique d’extinction ».
Les captures accidentelles
L’albatros des Galápagos est particulièrement menacé par les activités humaines et plus particulièrement par les techniques de pêche industrielle. Au cours des dernières décennies, la mortalité liée aux captures accidentelles a dramatiquement augmenté, notamment du fait de l’utilisation des filets à longue traine : ces derniers peuvent mesurer plusieurs dizaines de kilomètres et sont ornés de centaines d’appâts. Les albatros des Galápagos tentent de les avaler, ne peuvent plus se séparer de l’hameçon et meurent noyés, traînés par les bateaux. Il a par ailleurs été montré que les mâles sont plus souvent capturés que les femelles, ce qui engendre un déséquilibre du ratio mâle-femelle de l’espèce.
Le développement de cette technique de pêche a été fortement encouragée au Pérou dans les années 1990… notamment à des fins de conservation ! En effet, elle a permis de faire chuter la mortalité des cétacés, qui s’enfermaient alors dans des filets artisanaux à mailles étroites. L’utilisation des filets à longue traine n’endommage pas les fonds marins et ne capture que les poissons ciblés.
La chasse à l’albatros des Galápagos
Si les filets occasionnent des captures accidentelles, certains pêcheurs admettent également qu’il leur arrive de cibler volontairement l’albatros des Galápagos pour pouvoir en consommer la viande. Une étude publiée en 2016 évoque ainsi le cas des habitants de Salaverry, au Pérou : sur 32 pêcheurs interrogés, 10 ont répondu qu’ils mangeaient « régulièrement » de l’albatros.
Cette pratique n’aurait toutefois que des impacts limités : au total, la chasse au Phoebastria irrorata pourrait avoir occasionné la mort de 16 à 24 individus depuis 2006 à Salaverry. Le désintérêt relatif des pêcheurs pour cet oiseau de mer s’explique d’une part par sa faible valeur commerciale, et d’autre part par le fait que seuls les pêcheurs les plus âgés semblent habitués à consommer cet oiseau.
Dégradation du territoire
L’albatros des Galápagos se reproduit principalement sur l’île d’Española, ce qui le rend particulièrement sensible à toute modification de son habitat. Des événements imprévisibles comme des marées noires ou des catastrophes climatiques pourraient mettre en péril l’espèce pour de longues années. Des pollutions plus insidieuses comme la présence de plastiques ou de composés chimiques dans la chaîne alimentaire pourraient également nuire à la survie de ce grand oiseau. Enfin, l’apparition de maladies ou d’une espèce invasive pourraient perturber son habitat. Sur l’île d’Española, entre novembre 2013 et janvier 2014, 14 cas de variole aviaire ont par exemple été recensés par les scientifiques. L’île de la Plata n’est pas épargnée non plus : la petite colonie d’albatros des Galápagos est notamment menacée par la prédation des chats et les rats.
Conservation
L’albatros des Galápagos est actuellement classé « en danger critique d’extinction » sur la liste rouge de l’UICN ; plusieurs mesures ont été instaurées afin d’assurer la conservation de l’espèce.
La première d’entre elles est l’interdiction des filets de longue traine dans la réserve marine des Galápagos, soit une surface de 133 000 km² autour de l’archipel. Des captures accidentelles liées à la pêche artisanale restent possibles mais sont plus rares : Phoebastria irrorata n’a ainsi à craindre les filets de pêche qu’à l’extérieur de ce sanctuaire. Les îles Galápagos appartiennent par ailleurs au patrimoine mondial de l’UNESCO, ce qui facilite la conservation de la faune et de la flore locales. Le tourisme est régulé de manière à ce qu’il ne dégrade pas les écosystèmes et aucune espèce invasive n’est tolérée : une population de chèvres sauvages introduite à la fin du XVIIIème siècle a notamment été éradiquée en 1978. Cette mesure a toutefois eu des effets contrastés puisque sans herbivores, la végétation a pu prendre son essor et gêne désormais les albatros des Galápagos, qui recherchent des aires de décollage et d’atterrissage clairsemées. La réintroduction de 2000 tortues au cours des dernières décennies tarde quant à elle à montrer ses effets : plusieurs années seront encore nécessaires pour reconstituer une population capable de contrôler naturellement la végétation.
Un accord international est également entré en vigueur en 2004 : l’ACAP, ou Accord pour la conservation des albatros et des pétrels. Treize pays en font partie, dont l’Equateur, le Pérou ou encore la France. En 2008, un rapport spécifiquement dédié à l’albatros des Galápagos a vu le jour grâce à l’ACAP : ce dernier recommande d’effectuer de très nombreuses actions, parmi lesquelles effectuer des recherches concernant l’espèce, développer des programmes de suivi des populations, favoriser l’implication des pêcheurs (qu’ils pratiquent des techniques artisanales ou industrielles) dans les opérations de conservation, sensibiliser les populations locales…
Reproduction
Les couples d’albatros des Galápagos sont monogames et durent jusqu’à la mort de l’un des deux individus. Des relations « adultères » ont déjà été observées, mais le mâle s’occupe alors de la ponte de sa compagne comme s’il en était le géniteur.
Chaque année, les deux partenaires s’accouplent suite à une parade nuptiale constituée de danses circulaires, de balancements de la tête, de cris et de claquements de becs ; ce ballet peut être plus long pour les jeunes individus ou pour ceux dont la dernière reproduction a échoué. La zone de nidification est très semblable d’une année sur l’autre : elle n’évolue généralement que d’une dizaine de mètres.
Les couples se retrouvent fin mars, puis les pontes ont généralement lieu entre mi-avril et fin juin. Un unique oeuf d’environ 285 grammes est déposé dans un creux naturel, à même le sol, et les deux parents peuvent le couver. Durant les premiers jours, il peut être déplacé de plusieurs dizaines de mètres. Ces mouvements mettent en danger l’oeuf, puisque la coquille peut se rompre au cours de l’opération ; il s’agit de l’une des principales causes d’échecs de la reproduction chez l’albatros des Galápagos. Ce comportement n’est à ce jour pas formellement expliqué.
Après deux mois d’incubation, l’oeuf éclot : le petit est alors couvert d’un duvet sombre, allant du brun au noirâtre. Il rejoint une crèche pendant que les parents partent chasser en mer mais restent à moins de 100 km du nid. La distance augmente au fil des semaines, alors que le nouveau-né a besoin de moins d’attention. A l’âge de 5 à 6 mois, ses plumes ont poussé et il atteint sa taille adulte : il est alors autonome et quitte la colonie en décembre ou en janvier. Il passe alors plusieurs années en mer et ne revient sur l’île à la recherche d’une partenaire qu’à environ 6 ans, lorsqu’il a atteint sa maturité sexuelle.
Enfin, l’espérance de vie de l’albatros des Galápagos est d’environ 40 ans.
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