
Le mérou goliath, de son nom scientifique Epinephelus itajara, est l’un des plus gros poissons du monde. Super prédateur lent et massif, il était encore très répandu au début des années 1970. Notamment victime de la pêche de loisir, ses effectifs ont ensuite diminué de 80% en l’espace de trois générations, ce qui a amené l’UICN à le classer « en danger critique d’extinction » jusqu’en 2018, puis « vulnérable ».
Description du mérou goliath
Un mérou goliath adulte affiche une taille moyenne de 2 mètres pour 225 kg, tandis que les plus gros spécimens dépassent 250 cm pour 320 kg. Son corps est particulièrement imposant : en termes de proportion, sa largeur peut atteindre la moitié de sa longueur, notamment lorsqu’il dépasse l’âge de 20 ans. Il approche alors de sa taille définitive, mais son poids peut continuer à augmenter durant plusieurs années.
La peau des mérous goliath est épaisse et varie habituellement du gris au jaune foncé, avec de petites taches sombres sur le corps et la tête. Cette dernière est par ailleurs très large et dotée de petits yeux. Capable d’accélérations puissantes, Epinephelus itajara est un super prédateur à la mâchoire immense : il lui suffit de l’ouvrir pour créer une dépression et, ainsi, aspirer ses proies. Celles-ci sont alors retenues par de multiples rangées de petites dents puis, la plupart du temps, sont avalées entières, qu’il s’agisse de petits crustacés, d’octopodes (pieuvres), de langoustes, de jeunes tortues de mer ou même, parfois, de petits requins.
Localisation et habitat
Le mérou goliath se trouve uniquement dans les eaux tropicales et subtropicales de l’océan Atlantique. Son aire de répartition historique est très grande : dans l’ouest de l’Atlantique, elle s’étend de la Floride au sud du Brésil, incluant ainsi le Golfe du Mexique et la mer des Caraïbes, tandis qu’elle s’étale du Sénégal au Gabon sur la côte africaine. Il a récemment été déterminé que les spécimens répertoriés dans le Pacifique, du Mexique au Pérou, appartenaient à une espèce distincte : Epinephelus quinquefasciatus.
Au fil de son existence, le mérou goliath évolue dans différents environnements. Les larves voient le jour au large et dérivent au gré des courant jusqu’aux côtes. La croissance se poursuit dans des mangroves et des estuaires n’excédant pas 5 mètres de profondeur, puis les juvéniles deviennent sexuellement matures. Ces jeunes adultes migrent alors vers des récifs coralliens, généralement entre 35 et 50 mètres de profondeur, et recherchent des zones rocheuses, des grottes ou des épaves.
Une fois adulte, Epinephelus itajara ne craint pratiquement aucun prédateur : dans les récifs coralliens, il est au sommet de la chaîne alimentaire. Il peut cependant à l’occasion être victime d’attaques du grand requin marteau.
Menaces qui pèsent sur Epinephelus itajara
Bien que son déclin débute probablement dès la première moitié du XXème siècle, le mérou goliath est encore un poisson commun jusqu’aux années 1970. A partir de cette période, deux décennies suffiront à voir ses effectifs s’effondrer.
Surpêche
Entre 1970 et 1990, la pêche cause d’importants dommages aux populations de mérous goliath. Durant cette période, ces poissons sont abondants et leurs effectifs semblent sans limite ; aucune restriction n’existe. La pêche de loisir, d’abord pratiquée au harpon puis à la ligne, est alors à son apogée dans le Golfe du Mexique. En 1970, sur le littoral de la célèbre Palm Beach (Floride), il suffit de plonger à une trentaine de mètres de profondeur pour découvrir des centaines de mérous goliath tapissant les fonds marins. La pêche commerciale, quant à elle, n’a initialement qu’un impact modéré sur les populations car Epinephelus itajara n’attire que peu de convoitises : à l’exception de la Floride, où il est considéré comme un plat local, peu de régions du monde en sont friandes. Ainsi, le plus souvent, il n’est qu’accidentellement pris dans les filets ou victime de la pêche au chalut. Même les trophées emportés lors de la pêche de loisir ne sont pas consommés par l’homme ; il est alors plus commun de transformer la chair en nourriture pour chien ou pour chat.
Toutefois, à partir des années 1980, l’intérêt pour ce poisson évolue. Sa chair commence à s’exporter, sa valeur augmente. Au Brésil, elle est bientôt considérée comme un mets de grande qualité. Parallèlement, le mérou goliath véhicule l’image d’un prédateur important : il concurrence les pêcheurs, ce qui encourage ces derniers à limiter leur nombre. D’année en année, les effectifs diminuent. En 1990, on estime que 90 % à 95 % des effectifs de l’espèce ont disparu de Floride. Ce cas n’est par ailleurs pas isolé : Epinephelus itajara a également probablement disparu des côtes africaines et est devenu très rare sur les côtes brésiliennes.
Imposant et peu rapide, montrant une faible méfiance à l’égard des humains et une certaine fidélité à son site de frai (lieu de ponte), se regroupant par dizaines lors de la reproduction, le mérou goliath est une proie facile pour les pêcheurs. Ces caractéristiques, couplées à une croissance lente et une maturité sexuelle tardive, font du mérou goliath une espèce particulièrement vulnérable à la surpêche.

Le mérou goliath véhicule l’image d’un prédateur important : il concurrence les pêcheurs.
Dégradation de son habitat
Epinephelus itajara est aussi confronté à d’autres menaces, à commencer par la dégradation ou disparition de son habitat. Les mangroves, milieux dans lesquels le mérou goliath évolue jusqu’à 4 ou 5 ans, se réduisent en effet d’année en année : urbanisation, aquaculture, campagnes d’éliminations de moustiques… Autant d’activités anthropiques entraînant la disparition de ce milieu indispensable au mérou goliath.
La présence de polluants pose également problème ; de la surface des océans à 100 mètres de profondeur, le taux de mercure a par exemple triplé depuis le début de la révolution industrielle. Le phénomène est très marqué dans l’Atlantique Nord, probablement du fait de la pollution conjointe de l’Amérique du Nord et de l’Europe.
Ces concentrations élevées se retrouvent dans les organismes vivants, ce qui se traduit notamment par des perturbations neurologiques, une réduction du taux de succès des reproductions et une limitation de la croissance. Le mérou goliath, qui évolue durant plusieurs années dans une même zone géographique, peut y être durablement exposé.
Enfin, parmi les nombreuses menaces pesant sur Epinephelus itajara, il est possible de citer les marées rouges frappant périodiquement le Golfe du Mexique, 1971 et 2003 étant les épisodes les plus marquants, ou encore les activités pétrolières perturbant la faune marine.
Conservation de l’espèce sauvage menacée
Dès la fin des années 1980, les autorités ont été frappées par le manque de fréquentation des sites habituels de frai ; les rassemblements n’étaient plus formés que par une dizaine de mérous goliath au maximum alors qu’ils en comptaient parfois plus de cent auparavant. Ce constat a déclenché une réaction des Etats-Unis, premier pays à oeuvrer pour la protection de Epinephelus itajara : dès 1990, la pêche en a été interdite dans les eaux américaines. En 1993, le Caribbean Fishery Management Council (conseil de gestion de la pêche dans les Caraïbes) a à son tour protégé l’espèce dans les eaux américaines autour de Porto Rico et des îles Virgin, dans les Caraïbes. Ces seules mesures de protection ont rapidement donné des résultats : une dizaine d’années plus tard, dans le Golfe du Mexique, les groupes reproducteurs de mérous goliath comptaient déjà entre 20 et 40 individus, et ceux-ci étaient nettement plus imposants. Aujourd’hui, le statut de l’espèce s’est assoupli : la pêche est autorisée mais les individus doivent être relâchés, et les populations de mérous sont considérées comme fragmentées mais en augmentation par le US Fish and Wildlife Service.
Dans les Bahamas, au Bélize et dans les Antilles néerlandaises, des aires protégées et des zones où la pêche est strictement interdite ont été inaugurées. Au Brésil, plusieurs réserves ont été créées afin de préserver l’espèce, et un plan de cinq ans a été initié en 2002 par IBAMA, l’agence environnementale nationale. Ce plan d’action a par ailleurs été renouvelé en 2012, puis à nouveau en 2015. Une telle protection a mécaniquement entraîné une augmentation de la valeur de la chair de mérou ; ainsi, près de 400 tonnes de mérous goliath ont été braconnées annuellement entre 2003 et 2011. Avec 8000 kilomètres de littoral et l’un des plus vastes écosystèmes de mangroves du monde, le Brésil sait qu’il détient un rôle clé dans la sauvegarde de Epinephelus itajara et qu’il doit renforcer ses efforts.

Les mérous goliaths aiment se cacher dans les épaves.
La France est à contre-courant des prises de positions de ces différents pays puisqu’en Guyane ou dans les Antilles, la pêche au mérou goliath est toujours parfaitement légale, que ce soit à des fins de loisir ou de commerce. On considère aujourd’hui que l’espèce a pratiquement disparu de Guadeloupe. En Guyane, la situation est différente : de nombreux juvéniles évoluent dans les eaux des mangroves mais aucun individu reproducteur n’a été recensé depuis plus d’une décennie. Il est probable que ces jeunes spécimens naissent des accouplements ayant lieu au Brésil, puis qu’ils migrent vers des eaux plus clémentes une fois adultes.
Reproduction du poisson mérou goliath
La période de frai du mérou goliath débute habituellement en juin et s’achève en septembre, avec un pic important en août. Durant ces quelques semaines, plusieurs dizaines d’individus se rassemblent dans des eaux peu profondes, le plus souvent autour d’épaves ou de récifs rocheux. Ces sites de reproduction ne sont pas choisis au hasard : les mérous goliath leur montrent une certaine fidélité et peuvent y revenir d’une année sur l’autre, même s’ils doivent pour cela parcourir une centaine de kilomètres. Ces traits biologiques ont par le passé largement facilité la pêche au harpon de ce poisson.
Lors de la fécondation, qui a le plus souvent lieu les nuits de pleine lune, une femelle mesurant 140 cm libérerait entre 55 et 58 millions d’oeufs. Une fois fécondés, ceux-ci donnent vie à de petites larves de quelques millimètres qui dérivent durant environ un mois et finissent par atteindre les mangroves et estuaires du littoral. Les jeunes spécimens, qui mesurent alors 2,5 cm de long, demeurent dans ces milieux côtiers jusqu’à leur maturité sexuelle, ce qui intervient après 4 et à 6 ans de vie pour les mâles et 6 à 8 ans pour les femelles. A ces âges, les premiers mesurent environ 115 cm tandis que les secondes avoisinent 122 cm. Ces jeunes adultes migrent alors progressivement vers les récifs coralliens du large.
On considère que les mérous goliath sont hermaphrodites protogynes, ce qui signifie qu’ils naissent femelles et que leur sexe évolue ensuite. Ce trait biologique, qui concerne la plupart des espèces de mérous, n’a toutefois jamais été vérifié pour Epinephelus itajara ; il ne s’agit que d’une hypothèse.
2 Réponses to “Le mérou goliath”
24.09.2018
ALGER YOLAINEMerci,
Je me régale de découvrir LES RICHESSE DE LA TERRE et suis très sensible au saccage des créatures animales qui sont là pour nous réjouir et embellir notre existence sur la planète.
Souvent, beaucoup, moi aussi, ne connaissent ni l’étendu, ni la valeur de notre patrimoine nature, notre disque vital….
Comme entité morale, vous n’êtes pas les seuls à vous en soucier, il y a plus fort et plus amoureux que vous de la terre et des hommes….MAIS TOUT DE MÊME CHAPEAU !
et merci encore pour ce que vous faites…actions et documentation. Encore merci.
22.12.2017
Joseph NdongMerci pour le beau travail que vous faites pour la survie du Mérou Goliath et de tant d’espèce menacées par les activités des humains. Je suis Sénégalais et je fais des études en agronomie. La pisciculture m’intéresse particulièrement. je voudrai en savoir plus, avoir plus de documentations surtout sur la reproduction du mérou.